Femmes savantes acte III, scene premiere icon

Femmes savantes acte III, scene premiere



НазваниеFemmes savantes acte III, scene premiere
Дата конвертации03.12.2012
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FEMMES SAVANTES

ACTE III , SCENE PREMIERE .


PHILAMINTE. Ah ! Mettons-nous ici, pour écouter à l' aise
ces vers que mot à mot il est besoin qu' on pèse.

ARMANDE. Je brûle de les voir.

BÉLISE. Et l' on s' en meurt chez nous.

PHILAMINTE. Ce sont charmes pour moi que ce qui part de vous.

ARMANDE. Ce m' est une douceur à nulle autre pareille.

BÉLISE. Ce sont repas friands qu' on donne à mon oreille.

PHILAMINTE. Ne faites point languir de si pressants désirs.

ARMANDE. Dépêchez.

BÉLISE. Faites tôt, et hâtez nos plaisirs.

PHILAMINTE. A notre impatience offrez votre épigramme.

TRISSOTIN. Hélas ! C' est un enfant tout nouveau né, madame.
Son sort assurément a lieu de vous toucher,
et c' est dans votre cour que j' en viens d' accoucher.
^

(Henriette entre dans le fond).


PHILAMINTE. Pour me le rendre cher, il suffit de son père.

TRISSOTIN. Votre approbation lui peut servir de mère.

BÉLISE. Qu' il a d' esprit !

ACTE III , SCENE II .


PHILAMINTE. (à Henriette qui s’en va) Holà ! Pourquoi donc fuyez-vous ?

HENRIETTE. C' est de peur de troubler un entretien si doux.

PHILAMINTE. Approchez, et venez, de toutes vos oreilles,
prendre part au plaisir d' entendre des merveilles.

HENRIETTE. Je sais peu les beautés de tout ce qu' on écrit,
et ce n' est pas mon fait que les choses d' esprit.

PHILAMINTE. Il n'importe : aussi bien ai-je à vous dire ensuite.
Un secret dont il faut que vous soyez instruite.

TRISSOTIN. Les sciences n' ont rien qui vous puisse enflammer,
et vous ne vous piquez que de savoir charmer.

HENRIETTE. Aussi peu l' un que l' autre, et je n' ai nulle envie...

^ BÉLISE. Ah ! Songeons à l' enfant nouveau né, je vous prie.

PHILAMINTE. Allons, petit garçon, vite de quoi s' asseoir. (Le laquais tombe avec la chaise.)
Voyez l' impertinent ! Est-ce que l' on doit choir,
Après avoir appris


l' équilibre des choses ?

BÉLISE. De ta chute, ignorant, ne vois-tu pas les causes,
Et qu' elle vient d' avoir du point fixe écarté
Ce que nous appelons centre de gravité ?

L' ÉPINE. Je m' en suis aperçu, Madame, étant par terre.

PHILAMINTE. Le lourdaud !

TRISSOTIN. Bien lui prend de n' être pas de verre.

ARMANDE.
Ah ! De l'esprit partout !

BÉLISE. Cela ne tarit pas.

PHILAMINTE. Servez-nous promptement votre aimable repas.

TRISSOTIN. Pour cette grande faim qu' à mes yeux on expose,
Un plat seul de huit vers me semble peu de chose,
Et je pense qu' ici je ne ferai pas mal
De joindre à l' épigramme, ou bien au madrigal,
Le ragoût d' un sonnet, qui chez une princesse
A passé pour avoir quelque délicatesse.
Il est de sel attique assaisonné partout,
Et vous le trouverez, je crois, d' assez bon goût.

^ ARMANDE. Ah ! Je n' en doute point.

PHILAMINTE. Donnons vite audience.

BÉLISE. (à chaque fois qu' il veut lire, elle l' interrompt.) Je sens d' aise mon coeur tressaillir par avance.
J' aime la poésie avec entêtement,
Et surtout quand les vers sont tournés galamment.

PHILAMINTE. Si nous parlons toujours, il ne pourra rien dire.

TRISSOTIN. So...

BÉLISE. Silence ! Ma nièce.

ARMANDE. Ah! Laissez-le donc lire!

TRISSOTIN. Sonnet à la princesse Uranie sur sa fièvre.
Votre prudence est endormie,
de traiter magnifiquement,
et de loger superbement
votre plus cruelle ennemie.


^ BÉLISE. Ah ! Le joli début !

ARMANDE. Qu' il a le tour galant !

PHILAMINTE. Lui seul des vers aisés possède le talent !

ARMANDE. A prudence endormie il faut rendre les armes.

BÉLISE. Loger son ennemie est pour moi plein de charmes.

PHILAMINTE. J' aime superbement et magnifiquement :
Ces deux adverbes joints font admirablement.

^ BÉLISE. Prêtons l' oreille au reste.

TRISSOTIN. Votre prudence est endormie,
De traiter magnifiquement,
Et de loger superbement
Votre plus cruelle ennemie.

ARMANDE. Prudence endormie !

BÉLISE. Loger son ennemie !

PHILAMINTE. Superbement et magnifiquement !

TRISSOTIN. Faites-la sortir, quoi qu' on die,
De votre riche appartement,
Où cette ingrate insolemment
Attaque votre belle vie.

^ BÉLISE. Ah ! Tout doux, laissez-moi, de grâce, respirer.

ARMANDE. Donnez-nous, s' il vous plaît, le loisir d' admirer.

PHILAMINTE. On se sent à ces vers, jusques au fond de l' âme,
Couler je ne sais quoi qui fait que l' on se pâme.

ARMANDE. Faites-la sortir, quoi qu' on die,
De votre riche appartement.
Que riche appartement est là joliment dit !
Et que la métaphore est mise avec esprit !

PHILAMINTE. Faites-la sortir, quoi qu' on die.
Ah ! Que ce quoi qu' on die est d' un goût admirable !
C' est, à mon sentiment, un endroit impayable.

^ ARMANDE. De quoi qu' on die aussi mon coeur est amoureux.

BÉLISE. Je suis de votre avis, quoi qu' on die est heureux.

ARMANDE. Je voudrois l' avoir fait.

BÉLISE. Il vaut toute une pièce.

PHILAMINTE. Mais en comprend-on bien, comme moi, la finesse ?

ARMANDE ET BÉLISE. Oh, oh !

PHILAMINTE. Faites-la sortir, quoi qu' on die :
Que de la fièvre on prenne ici les intérêts :
N' ayez aucun égard, moquez-vous des caquets,
Faites-la sortir, quoi qu' on die.
Quoi qu' on die, quoi qu' on die.
Ce quoi qu' on die en dit beaucoup plus qu' il ne semble.
Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble ;
Mais j' entends là-dessous un million de mots.

^ BÉLISE. Il est vrai qu' il dit plus de choses qu' il n' est gros.

PHILAMINTE. Mais quand vous avez fait ce charmant quoi qu' on die,
Avez-vous compris, vous, toute son énergie ?
Songiez-vous bien vous-même à tout ce qu' il nous dit,
Et pensiez-vous alors y mettre tant d' esprit ?

TRISSOTIN. Hay, hay.

ARMANDE. J' ai fort aussi l' ingrate dans la tête :
Cette ingrate de fièvre, injuste, malhonnête,
Qui traite mal les gens qui la logent chez eux.

PHILAMINTE. Enfin les quatrains sont admirables tous deux.
Venons-en promptement aux tiercets, je vous prie.

^ ARMANDE. Ah ! S' il vous plaît, encore une fois quoi qu' on die.

TRISSOTIN. Faites-la sortir, quoi qu' on die,

PHILAMINTE, ARMANDE ET BÉLISE. Quoi qu' on die !

TRISSOTIN. De votre riche appartement,

PHILAMINTE, ARMANDE ET BÉLISE. Riche appartement !

TRISSOTIN. Où cette ingrate insolemment

PHILAMINTE, ARMANDE ET BÉLISE. Cette ingrate de fièvre !

TRISSOTIN. Attaque votre belle vie.

PHILAMINTE. Votre belle vie !

ARMANDE ET BÉLISE. Ah !

TRISSOTIN. Quoi ? Sans respecter votre rang,
Elle se prend à votre sang,

PHILAMINTE, ARMANDE ET BÉLISE. Ah !

TRISSOTIN. Et nuit et jour vous fait outrage !
Si vous la conduisez aux bains,
Sans la marchander davantage,
Noyez-la de vos propres mains.

PHILAMINTE. On n' en peut plus.

BÉLISE. On pâme.

^ ARMANDE. On se meurt de plaisir.

PHILAMINTE. De mille doux frissons vous vous sentez saisir.

ARMANDE. Si vous la conduisez aux bains,

BÉLISE. Sans la marchander davantage,

PHILAMINTE. Noyez-la de vos propres mains :
de vos propres mains, là, noyez-la dans les bains.

ARMANDE. Chaque pas dans vos vers rencontre un trait charmant.

BÉLISE. Partout on s' y promène avec ravissement.

PHILAMINTE. On n' y sauroit marcher que sur de belles choses.

ARMANDE. Ce sont petits chemins tout parsemés de roses.

TRISSOTIN. Le sonnet donc vous semble...

PHILAMINTE. Admirable, nouveau,
Et personne jamais n' a rien fait de si beau.

BÉLISE. Quoi ? Sans émotion pendant cette lecture ?
Vous faites là, ma nièce, une étrange figure !

HENRIETTE. Chacun fait ici-bas la figure qu' il peut,
Ma tante ; et bel esprit, il ne l' est pas qui veut.

TRISSOTIN. Peut-être que mes vers importunent madame.

HENRIETTE. Point : je n' écoute pas.






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